Le mois de Ramadan arrive. Vous le voyez poindre son nez avec beaucoup d’amertume et de tristesse. Parce qu’à ce stade vous pensiez peut-être accueillir un nouveau-né, et la fausse couche s’est produite. Vous vous êtes imaginé que d’ici ce mois de Ramadan vous seriez mariée depuis quelques mois et enceinte ; vous conceviez peut-être que vous auriez rencontré, trouvé le ou la partenaire et que vous vous seriez marié à temps pour défier la non moins célèbre « horloge biologique ».
À la place, vous avez compris que c’était terminé : vous n’aurez pas d’enfant.
Le cœur vide pour un temps
À ce stade, vous n’arrivez plus à penser. Vous n’avez plus la force de rien. Le cœur est vide. Vous n’avez plus le cœur de demander quoique ce soit au Divin. Spirituellement, vous êtes vide.
Pas forcément facile de vivre cette étape librement, car dans nos communautés musulmanes on nous impose surtout de ne pas nous montrer vulnérables. Effectivement, des musulmanes et des musulmans considèrent la vulnérabilité, le découragement comme des indicateurs du manque de foi.
C’est faux. C’est humain.
La mère biologique de Moïse doit abandonner son enfant sur inspiration divine. Dans le Coran, on la décrit avec un cœur vide[1]. Jacob dans la sourate Yusuf /Joseph a beau avoir confiance en Dieu il ne cache pas ressentir de la peine et de la contrition au souvenir de l’enfant qu’on lui a enlevé.[2]
Accepter d’être en deuil
Lorsqu’une personne a rêvé une vie avec des enfants et qu’elle prend conscience que cela ne se produira jamais c’est comme perdre un être cher en plus de perdre un projet de vie. Un projet muri parfois pendant plus de vingt, trente ans.
Personne ne s’attend à ce qu’un musulman ou une musulmane qui vient de perdre un être cher apprécie et vive le mois de Ramadan comme les périodes précédentes. Il est donc naturel de ne pas espérer d’une personne qui réalise ou qui apprend qu’elle ne pourra pas concevoir d’enfant qu’elle vive le mois de Ramadan comme les fois passées.
Demander un relais spirituel le temps du deuil
C’est le moment de solliciter du renfort spirituel en demandant à votre entourage (sans nécessairement fournir d’explications) de vous garder spécifiquement dans leurs prières durant le mois de Ramadan.
Pour reprendre l’exemple de la mère biologique de Moïse, c’est à cause de sa tristesse qui risque de la trahir que Dieu intervient pour raffermir son cœur. Autrement dit, la mère de Moïse croyante sait ce que Dieu lui a promis, mais face à la douleur et la peine, son cœur se vide.
La peine, la douleur sont des composantes de la nature humaine.
On se fixe souvent des objectifs pour le mois de Ramadan peut être que pour certains musulmans et certaines musulmanes l’objectif sera juste d’accepter son un état de tristesse et de sensation de vide
Aller mieux arrivera, chaque chose en son temps. À côté de la difficulté est, certes, une facilité.[3]
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[1] Coran 28 : 7-13
[2] Coran 12 : 84-86
[3] Coran 94 (certaines traductions écrivent à côté de la peine, il y a la facilité)