NE PAS AVOIR D’ENFANT : UNE PUNITION DIVINE – CONSÉQUENCES D’UNE IDÉE REÇUE

Dans l’imaginaire, l’infertilité reste toujours d’origine féminine au point que dans certaines communautés il est inenvisageable que les raisons d’une difficulté à procréer proviennent de l’homme.

J’ai eu connaissance d’hommes qui ont pris une deuxième épouse pour remédier au « problème » et puis… rien. Quelquefois je me surprends à penser que c’est le sens de l’humour de Dieu. Dans certains cas une deuxième ou troisième épouse n’est pas projetée, seul le divorce est contemplé. La femme n’ayant pas rempli son rôle : elle n’a pas enfanté.

Enfanter c’est le rôle que bien nombre d’entre nous affublent aux femmes. Dès les premiers mois après un mariage la question très indiscrète arrive : « c’est pour quand », « alors il y en a un en route ? ». Le ventre est scruté, parfois même touché violant l’espace intime de la femme. Certains s’inquiètent : « toujours rien ? » Les signes de grossesses sont recherchés pour savoir si son rôle est rempli si elle va « s’accomplir » en tant que femme.

Pression de l’entourage

La pression sur le couple et surtout la femme peut s’intensifier avec les conseils bienveillants néanmoins, inopportuns de membres de la famille, d’amis, de voisins. Des recettes miracles sont offertes à la femme pour tomber enceinte, des invocations sont recommandées.

Dans certains couples, la femme est prévenue : « si tu ne me donnes pas d’enfant d’ici telle date je te quitte » « comme tu n’es pas tombée enceinte, je te quitte ! Moi je veux des enfants ! »

Pour les hommes, la pression n’est pas moindre, mais différente, ils doivent transmettre leur nom, et gagner, dans certaines communautés, le titre de « père de » [prénom d’un enfant].

 S’ils ne souhaitent pas divorcer on les enjoint à prendre une autre épouse, une féconde. Souvenons-nous, l’infertilité dans l’imaginaire reste féminine ; autrement dit, ils doivent épouser une femme beaucoup plus jeune que la première épouse.

Pour les célibataires, la pression s’inscrit dans un autre registre étant donné qu’ils/elles n’ont pas rempli le rôle primaire, celui d’être en couple.

Si rien ne se passe, les sous-entendus abondent dans le sens d’une culpabilité du couple ou du célibataire. « Ils se sont mal conduits dans le passé ». Pour les personnes en quête de parentalité la question se pose alors « qu’ai-je fait ? »

Conséquences sur la santé spirituelle

En fonction de la communauté, il pourrait s’agir d’envoutement, alors chacun suggèrera son antidote pour un désenvoutement. Si rien ne se produit, c’est forcément le résultat d’un péché antérieur. Des actes de générosités ont manqué suppose l’entourage et les savants dans leurs sermons.

Afin de convaincre les musulmans de la persistance d’un péché ou d’une sorcellerie, on raconte des histoires miraculeuses. Des histoires de couples ou de célibataires débloquant leur situation au moment d’un don généreux à une mosquée.

L’acte de charité, l’aumône effacerait les péchés. De nombreux savants dans leurs prêches rappellent des hadiths[1] recommandant de faire suivre une mauvaise action par une bonne action pour annuler la mauvaise.

En suivant cette logique, si après expiation par l’aumône et des évocations pour faire pénitence[2] aucun n’enfant n’est conçu ; cela suppose que le couple cumule un nombre de péchés trop important pour se racheter et concevoir un enfant. Dans le pire des cas, les fausses couches représentent les péchés commis en début et au courant de la grossesse sans expiation suffisante.

Fabrication d’un Dieu injuste

Par conséquent, des questions émergent : pourquoi des personnes considérées aux yeux de tous comme pécheurs ont-elles des enfants. C’est-à-dire que des personnes souhaitant un enfant sans y parvenir peuvent se demander pourquoi des pédophiles ont des enfants. Pourquoi des savants musulmans s’adonnant aux harcèlements sexuels pendant des années ont des enfants, pourquoi des managers tortionnaires au travail annoncent d’heureux évènements, etc.

Est-ce que leurs bonnes actions surpassent leurs mauvaises actions au point d’annuler les actes répréhensibles et criminels ?

Si c’est le cas pourquoi Dieu ne donne-t-il pas dans le Coran le nombre d’aumônes à effectuer pour effacer les péchés ou ne nomme-t-Il pas « la » faute qui empêche la fécondation ?

Dans cette logique de lien péché/fécondation, il résulte une autre forme d’injustice : des femmes naissent sans utérus, des hommes sont diagnostiqués stériles dès le plus jeune âge. Existerait-il une forme de passation de péchés à expier d’une génération à l’autre ?

Division : parents bons musulmans et non-parents mauvais musulmans

Le résultat de ces croyances ce sont les divisions engendrées au sein des communautés. Les bons musulmans d’un côté : les parents et de l’autre les mauvais musulmans : non-parents, incapables d’expier leurs fautes. Ces croyances peuvent pousser dans certains cas au développement d’un sentiment de supériorité morale des uns et d’infériorités des autres.

Par ailleurs, pour les personnes désireuses d’enfants sans y parvenir la charge émotionnelle apparaît telle qu’un soutient spirituel conviendrait ; seulement avec de telles idées reçues circulant au lieu d’offrir réconfort la religion musulmane enfonce des personnes dans une dépression.

Toutes ces convictions dérivées d’idée reçue et leurs conséquences néfastes contredisent les préceptes du Coran avec un Dieu omniscient juste et miséricordieux.

Pourquoi ne pas tout simplement accepter l’absence de lien entre des péchés et l’enfantement, et que la parentalité ou pas est juste le résultat de ce que souhaite Dieu pour chacun d’entre nous. La différence Il l’a voulu. Il le répète dans le Coran.

©Crédit Photos Kat Jayne ; Alex Green – Pexels


[1] Texte contenant les dires et/ou les gestes du Prophète transmis oralement collectes puis rassembles dans des recueils

[2] Répétions de nom de Dieu ou de demande de pardon « astarfir »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s