Se retrouver face à soi-même ! Un vrai défi pour beaucoup de monde ! Être entouré.e de bruits pour éviter cette confrontation c’est l’histoire de la vie d’un grand nombre d’entre nous ; pourtant cette confrontation avec soi constitue la seule porte d’entrée de la spiritualité.
La vie sans enfant que ce soit par choix ou par circonstance nous force quelque part à entamer notre voyage spirituel plus tôt que les autres. Les questions dites existentielles frappent nécessairement à nos portes sans que des enfants nous servent de distraction ou d’excuse pour ne jamais ouvrir cette porte et nous retrouver avec nous-mêmes.
Dernièrement, j’ai écouté un [1]podcast avec des thérapeutes – auteurs spécialistes de la vie de couple qui rapportaient le travail d’un confrère ; ce confrère a suivi un couple et leurs enfants en mettant caméra et microphones dans leur maison sur une très longue période. Il en ressortait que le couple tenait en moyenne 35 minutes de conversation par semaine et ces conversations ne concernaient que la logistique du foyer. Seulement 35 min ! Cela choque lorsque l’on entend un tel chiffre, mais cela ne surprend que peu étant donné que de nombreux couples se séparent dès que les enfants quittent le nid. Souvent, ils se rendent compte qu’ils n’ont plus rien à se dire.
Être sans enfant une force sous certaines conditions
Ce passage du podcast m’a rappelé un moment dans un épisode de la non moins célèbre série Columbo : une femme inquiète par la disparition de son ex-mari explique qu’elle le connait très bien essentiellement parce qu’ils ont vécu 25 ans ensemble sans enfant. En effet, en plus du grand nombre d’heures passées à deux, lorsque des difficultés surviennent dans le couple des enfants ne peuvent servir de rempart, elles apparaissent clairement.
La résolution des désaccords, si c’est possible, ne tient alors qu’aux couples ; parce qu’au même titre que des célibataires sans enfant, il est tout aussi facile de se créer des situations d’évitement en restant le plus possible occupé afin de ne pas se retrouver seul.e avec soi-même ou seul-e en compagnie de sa moitié. Par exemple en s’arrangeant pour organiser chaque jour des diners avec des amis, ou avoir de la famille hébergée ou de passage dans le logement, autant de distractions pour éviter un face-à-face. (En couple ou avec soi)
La spiritualité peu encouragée dans les communautés musulmanes
C’est vrai que dans nos communautés musulmanes on ne nous apprend pas à nous retrouver seul.e.s, à méditer, à dialoguer avec le Divin. On nous apprend plutôt à nous acquitter de rites cultuels à la perfection avec la bonne longueur de pantalon, la bonne longueur ou couleur de robe, de position de l’index pendant la prière, ou du pouce, etc. Il est rarement question de nos introspections. Ces moments de recueillement et de réflexion ne sont pas encouragés, ils sont pourtant dans l’ADN de l’islam.
Nos sociétés actuelles renvoient une mauvaise image des personnes seul. e.s, des individus seul. e. s sans enfants, des personnes qui s’isolent pour se retrouver. Même certaines de nos communautés musulmanes véhiculent l’idée que les actions, les prières de célibataires ont moins de valeurs.
Savoir être seul. e : une force
Être seul. e sans enfant n’est pourtant pas une faiblesse.
Des études récentes[2] tendent à le prouver : les personnes célibataires en plus de cultiver une grande créativité, de bouger plus et d’interagir plus socialement développent une force de caractère, une certaine maturité psychologique parce qu’elles sont confrontées à des situations qu’elles doivent gérer seul.e. s.
Spirituellement parlant, on peut dire que c’est un peu la même chose. Cependant, cette maturité spirituelle ne peut intervenir qu’une fois que l’on accepte que le célibat et/ou la vie sans enfant ne soit le résultat d’aucune malédiction, de punition ou de toute autre fantaisie faussement attribuée à l’islam.
Une fois déchargé de ce fardeau hérité d’interprétations malhonnêtes, le travail introspectif commence, le lien avec le Très-Haut peut se développer, très rapidement.
© Crédit photo Unsplash – Ravi Pinisetti
[1] Unlocking Us, Brené Brown with Dr John Gottman and Dr Julie Schwartz Gottman, on love prescription, part 2 of 3, oct 2022
[2] Time, Yes, single people can be happy and healthy, February 2023