NE PAS AVOIR D’ENFANT EN ISLAM : PÉCHÉ, ÉPREUVE OU DESTIN ?

Le point de vue théologique que l’on embrasse en tant que croyant musulman affecte le vécu du deuil de la non-maternité par circonstance ; il influence également l’épanouissement ou pas de la musulmane ou du musulman qui fait le choix de ne pas concevoir d’enfant.

Ainsi, dès lors que l’on croit qu’être sans enfant est le résultat d’un péché d’une épreuve ou du destin notre perception de la vie change mentalement et spirituellement. L’adhésion à l’une de ces perceptions peut nous faire grandir ou au contraire paver la route d’une dépression longue durée.

Être sans enfant : conséquence d’un péché

Les musulmans distinguent les péchés majeurs des péchés mineurs. Le péché majeur correspond au shirk c’est-à-dire l’associationnisme : associer à Dieu d’autres divinités (se prendre pour Dieu représente aussi une forme d’associationnisme). Le meurtre entre également dans cette catégorie. Les mensonges ou ce que des musulmans et des musulmanes considèrent comme des négligences dans la pratique religieuse se classent dans la catégorie des péchés mineurs.

Ces péchés mineurs seraient pardonnables par le repentir sincère décrit comme la tawba : confesser sa faute et ne plus recommencer. Des actions telles que le jeûne et des actes de charité faciliteraient, voire garantiraient l’obtention du pardon.

Avec cette théologie du péché, toutes expériences vécues ou perçues comme néfastes résultent d’un péché non expié.

De ce fait, un musulman ou une musulmane sans enfant par circonstance devrait chercher l’erreur à réparer.

En fonction des traditions culturelles, l’entourage et des chefs religieux recommanderont des dons à exécuter, communément appelés des sadakas[1], des prières et des supplications spécifiques à réciter afin d’effacer les fautes.

Les limites de cette théologie du péché

Cette théologie du péché si rien ne change après applications de toutes les recommandations pour expier les fautes cause la détresse mentale et spirituelle.

En effet, le musulman ou la musulmane se persuade qu’un péché grave n’a pas été expié, pire que le Divin n’a pas accepté la demande de pardon même si des versets du Coran expliquent qu’Il pardonne tout sauf l’associationnisme. [2]

Aucun n’épanouissement n’est alors possible pour les musulmanes et les musulmans enfermés dans cette logique, ils ne peuvent que s’amener à croire qu’être sans enfant est une punition.

Des musulmanes et des musulmans sans enfant par choix sous l’influence de la théologie du péché sont susceptibles de se convaincre que ce choix n’est finalement qu’une punition que le Divin leur  inflige pour une faute qui n’est pas pardonnée ; alors que le souhait de ne pas enfanter provient d’une conviction ou d’un ressenti qui parfois naît dès l’enfance.

Conséquences graves

  • Anxiété religieuse : chaque évènement de la vie perçue au niveau social comme un échec (célibat, divorce, sans enfant, pauvreté) sera attribué à un péché.
  • Le corps féminin (cheveux inclus) devient un témoin de la pratique et du degré de foi en Dieu — pas d’enfant c’est la conséquence d’un péché ou d’une foi faible — cela peut conduire des femmes à la dépression et se considérer comme impur.
  • Les musulmanes et les musulmans gardent le silence autour de leur souffrance de ne pas pouvoir concevoir d’enfant par peur du jugement. Résultat, ils ne bénéficient pas du soutien nécessaire pour accepter la situation et faire leur deuil.
  • Rejet de l’islam et de toute forme de spiritualité étant donné que la relation à Dieu se vit dans la peur.

Être sans enfant : une épreuve

Être sans enfant par circonstances de la vie et juger la situation comme une épreuve sera vécu plus ou moins bien en fonction du sens que l’on donne à ce mot « épreuve ».

Une épreuve dans le sens spirituel du terme peut être considérée comme un test, une adversité à traverser afin de s’élever spirituellement et se rapprocher du Divin. Avec ce sens, seules comptent les leçons apprises le long de cette adversité.

Or, la dimension qu’on lui donne en général dans nos communautés musulmanes est celle d’un mauvais moment à passer, une adversité que l’on doit vivre avec patience (sabr) avec en récompense de cette patience ce que l’on a tant attendu ou souhaité, dans le cas qui nous concerne, un enfant.

Il va sans dire que cette définition de l’épreuve comporte des failles, des limites puisque l’enfant tant attendu n’arrive jamais.

Limites

  • L’espoir et l’épreuve s’achèvent pour certaines musulmanes brutalement avec une hystérectomie, une ménopause précoce.
  • Cette nouvelle « épreuve » peut être vécue comme une punition, la conséquence d’une impatience face à l’adversité.

Conséquence grave

  • Le musulman et la musulmane sombrent psychologiquement et spirituellement
  • Perte de foi (perte de confiance en Dieu)
  • Rejet de la religion
  • Le deuil de la non-parentalité est retardé

Dans le cas d’un musulman sans enfant par choix influé par cette théologie de l’épreuve, ce non-désir d’enfant aux antipodes de ce qui est véhiculé dans les communautés musulmanes (l’obligation d’enfanter) peut être compris comme une épreuve du Divin avec pour issue le désir d’enfanter.

 Lorsque ce désir d’enfanter n’arrive pas, cela conduit inévitablement à des remises en question, des bouleversements intérieurs dont certains n’osent parler de peur du jugement et du rejet.

Être sans enfant : le destin

Le destin correspond à des événements et des situations décrétés que nous ne pouvons pas changer[3]. Autrement dit ce qui fait partie de notre patrimoine génétique, les cartes dont nous disposons au départ à notre naissance comme bénéficier de la carte « sans enfant ».

Croire à ces cartes immuables, à ce destin c’est accepter de ne pas pouvoir tout contrôler.

Est-ce que cette croyance au destin empêche la douleur ? Non. Elle facilite simplement le travail de deuil.

Avec cette perspective du destin, la spiritualité reprend sa place. Elle devient un soutien, un soutien dans le travail d’acceptation.

Pour aller plus loin sur la notion de destin et les personnes sans enfant  ici


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[1] Aumône

[2] Sourate 48 verset 14 « Or à Dieu l’empire des Cieux et la Terre, Il pardonnera qui veut et Il tourmentera qui veut ; Dieu est Tout pardon, Tout de miséricorde. »

[3] Voir article  destin et libre arbitre,  site alajami .fr

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