Vous connaissez surement la situation qui suit ! Dernièrement, une personne musulmane sans enfant m’a confié avoir reçu dans sa maison un prestataire qui s’est avéré de confession musulmane ; celui-ci pendant les petites conversations d’usage lui a demandé si elle avait des enfants, à sa réponse négative, le prestataire a répliqué que peut-être c’était un bien pour elle.
La réponse du prestataire reste courante lorsque l’on déclare ne pas avoir d’enfant à des personnes de confession musulmane. Cette réponse s’inspire d’une partie du verset 216 de la sourate 2 « Il se peut que vous ayez de l’aversion pour une chose alors qu’elle vous est un bien. Et il se peut que vous aimiez une chose alors qu’elle vous est mauvaise »
J’ai toujours trouvé la citation de ce passage en réponse à « je n’ai pas d’enfant » un peu étrange, sans doute parce qu’il me semble que personne ne peut connaitre les raisons des évènements et si l’on souhaite ou souhaitait effectivement avoir des enfants.
À mon sens, le plus important dans le verset cité réside dans les mots qui suivent : « Dieu sait et vous ne savez pas ». Voyons un peu le contexte du verset.
Contexte verset 216 de la sourate 2
Le verset dans son intégralité invite les adeptes de la nouvelle religion prêchée par le Prophète Mohammed à combattre leurs opposants. Or, certains ne le souhaitent pas. Des commentaires expliquent que le combat incombait aux compagnons du Prophète au moment où la survie de la nouvelle religion était en jeu[1].
Le verset est alors révélé et se termine par cette phrase qui est souvent omise « Dieu sait et vous ne savez pas ».
Cette remarque se retrouve dans d’autres sourates du Coran marquant l’omniscience du Divin.
Ainsi dans la sourate la caverne[2] le Khidr que l’on considère comme un prophète enseignant, envoyé au Prophète Moïse (Moussa), accomplit des actes qui paraissent insensés, injustes aux yeux de Moïse qui l’accompagne. Pourtant tous les agissements du Khidr aussi fous et cruels qu’ils peuvent apparaître ont un sens, un sens que l’on ne voit pas, un sens qui n’est connu que de Dieu seul. C’est ce qu’enseigne l’épisode de la rencontre du Khidr avec Moïse.
Chacun d’entre nous à la naissance débarque avec un nombre de cartes qu’on ne peut pas changer comme la carte origine ethnique, lieu de naissance, etc. Certains possèdent la carte avec inscrit « enfant » et d’autre « sans enfant ».
Comme ces cartes ne peuvent être changées, il nous revient de décider quoi faire de ces cartes : passer le reste de sa vie à se lamenter sur les raisons de l’absence de la carte « enfant » ou vivre pleinement avec les cartes qu’on nous a offertes à notre naissance.
En d’autres termes, accepter sa situation et avancer ou ne pas l’accepter et passer à côté de magnifiques rencontres et expériences de vie.
L’Environnement conditionne nos réactions et nos choix
Écrit comme cela « accepter et avancer » parait simple.
Bien évidemment que chacun et chacune veut avancer, accepter sa situation d’autant plus que c’est ce que notre religion nous commande, c’est un pilier de la foi[3] : accepter le destin avec ses aspects positifs et négatifs.
Seulement, oui, seulement, les sociétés et l’entourage avec lesquelles nous vivons conditionnent en quelque sorte nos réactions.
Si nous vivions dans une société qui considère naturel de vivre avec des personnes sans enfant qui les accueillent avec leurs perspectives nouvelles sur le monde, bien sûr tout irait bien. Chacun et chacune accepterait, et vivrait de manière épanouie sa situation de personne sans enfant.
Et cela irait encore mieux si les familles, les communautés musulmanes célébraient et prenaient en considération les personnes sans enfant comme étaient acceptées les personnes sans enfant du temps du Prophète. (Rappelons qu’il a été marié à des femmes restées sans enfant)
La réalité c’est que la plupart des personnes musulmanes sans enfant qu’elles soient sans enfant par circonstances ou par choix ne vivent pas dans de telles sociétés et communautés. Non, loin de là !
Des épreuves enseignantes
La vie est constituée de défis pour nous révéler à nous même, découvrir nos forces.
Le Divin ne charge pas une âme de ce qu’elle ne peut supporter[4]. C’est avec cela en tête qu’il faut avancer en se souvenant qu’Il sait et que nous ne savons pas.
L’abandon confiant dans le Très-Haut, n’est-ce pas cela avoir la foi ?
© Crédit photo Unsplach- Alexandra Gorn
[1] Seyyed Hossein Nasr, The Study Quran : A New Translation and Commentary, HarperCollins Publishers,2017
[2] Coran 18 : 65-82
[3] Les piliers de la foi sont au nombre de six : croyances en un Dieu unique, en Ses anges, Ses livres, Ses messagers, au jugement dernier et au destin avec ses aspects positifs et négatifs.
[4] Coran 2 : 286