Renoncer à la PMA, renoncer à des traitements qui pourraient préserver la fertilité lors d’une maladie chronique, renoncer à la quête d’un époux alors que la fertilité décline est-ce que ces renoncements correspondent à des marqueurs de manque de foi ?
Cette question se pose essentiellement si la procréation, la maternité est perçue comme un acte religieux, un acte de foi. Or la foi n’est pas une chose. La foi n’est pas un être humain que l’on met au monde. La foi n’est pas la responsabilité d’élever un enfant. La foi n’est pas l’adoption.
La foi se manifeste par la confiance que l’on place dans le Divin avec cette certitude que quoiqu’il arrive tout se passera au mieux pour soi. Et ce, même, lorsque tout semble indiquer le contraire. La foi c’est la conviction qu’une lumière existe bien au bout du tunnel alors que l’on se trouve toujours dans l’obscurité.
Renoncer se transforme alors en un acte de foi parce que renoncer c’est pouvoir passer à autre chose, passer à un autre chapitre. Renoncer devient cet acte de continuer à cheminer dans ce tunnel encore obscur. La psychothérapeute Véronique Kohn explique que sans renonciation un individu ne peut pas avancer, il reste bloquer à un endroit et empêche le deuil[1].
En dépit de ces connaissances, le renoncement peut s’avérer difficile en raison de normes sociétales, culturelles et religieuses avec lesquelles se sont construits les hommes et surtout les femmes.
Identifier ces normes, les étudier et interroger leur véracité et leur fonction aidera à commencer le travail de deuil, lequel implique nécessairement le renoncement. Alors qu’est-ce qui empêche de renoncer, de faire son deuil et d’avancer dans la vie ?
Les fausses normes religieuses qui empêchent le renoncement
- La procréation serait un devoir pour les musulmans. Cette affirmation s’appuie souvent sur un hadith qui serait attribué au Prophète lequel aurait proclamé qu’il souhaitait que sa communauté (communauté de musulmans) soit plus nombreuse le jour du jugement. Or, le Coran est clair : Dieu octroie à qui il veut des enfants, des filles et des garçons, des garçons uniquement, des filles uniquement ou la stérilité. Les hommes et les femmes sans enfant sont voulus par le Très – Haut.[2]
- Parmi les mauvais musulmans se trouveraient ceux et celles qui n’ont pas d’enfant. Cette croyance populaire s’appuie sur des écrits et des paroles de savants qui stipulent qu’il n’existe pas d’interdiction à rester sans enfant, mais que la reproduction est très fortement recommandée. Cet avis théologique ne constitue pas un élément qui fait d’un homme ou une femme un musulman. L’attestation de foi : qu’il n’y a de dieu que Dieu et la reconnaissance du Prophète Mohammed suffit pour devenir musulman. Le verset 285 de la sourate 2 annonce le credo de Foi des musulmans et des musulmanes : croire en Dieu et en ses anges, en Ses Ecritures et en Ses Messagers. L’on notera que la procréation n’en fait pas partie.
- Être mère serait le rôle ultime du féminin en islam. Cette affirmation n’est pas seulement le fait d’un contexte religieux, elle est aussi présente dans de nombreuses sociétés. Si telle avait été le cas en islam, aucune des femmes du Prophète Mohammed n’aurait vécu sans n’avoir jamais donné naissance à un enfant.
Les normes culturelles sociétales entravent la décision du renoncement.
- L’histoire du bébé miracle que raconte l’entourage pour dissuader un couple d’abandonner les recours, les traitements pour devenir parent. En effet, il se trouvera toujours l’ami bienveillant, le ou la cheerleader, la belle-mère, la cousine qui racontera l’histoire de la sœur de la voisine qui un a un beau-frère qui a eu un enfant avec une femme de 47 ans ou48 ans, ou de 50 ans voire de 55 ans.
- À l’attention des célibataires l’histoire varie un peu. Il s’agit de l’histoire de la cousine de l’ami du collègue qui a rencontré quelqu’un à 47, 48, 55 ans qui a eu des enfants…
Oui bien sûr on en connait tous et toutes des histoires de bébés miracles ou de rencontre juste à temps pour le bébé miracle ; seulement ces cas constituent plus des exceptions qu’une norme. En fonction de l’individu qui reçoit ces histoires, elles peuvent entretenir un espoir ou détruire physiquement, psychiquement et spirituellement.
La réalité précipite le renoncement et ouvre la voie au deuil

Comme on a pu le voir ci-dessus, des normes religieuses, sociétales et culturelles entravent le renoncement, autrement dit la reconstruction pour avancer. Dans certaines situations, la réalité conduit de force au renoncement.
- Derrière les PMA (Procréation médicalement Assistée ou Assistance médicale à la Procréation) se cache la souffrance du corps féminin. Un tel parcours n’est pas sans risque pour la santé. La stimulation ovarienne, une prise de traitement hormonal pour augmenter la production d’ovocyte afin de favoriser les chances de fécondation s’accompagne d’effets secondaires très gênants et invalidants (prise de poids, nausée, maux de tête, etc.). La multiplication de ce traitement épuise le corps féminin et le mental. La violence de ce parcours provoque parfois la décision de renoncer à la maternité.
- La mise à mal de la relation de couple dans la poursuite de la parentalité interroge des couples et les conduits à stopper cette quête de la parentalité.
- La maladie, la dépression, la ménopause, l’andropause[3], le divorce, le veuvage, le découragement, toutes ces expériences précipitent le renoncement de certaines personnes célibataires : parce qu’elles savent au fond d’elles-mêmes que leurs chances de devenir mère ou père ne sont plus malgré tous leurs efforts.
S’autoriser à renoncer à devenir parent c’est aussi prendre soin de soi de son corps de sa santé mentale, et choisir de continuer à vivre, cela équivaut à un acte de foi.
Il est évident que les modèles de personnes sans enfant épanouies ne sont pas mis en avant et pourtant elles existent. Elles existent également tout au long de l’histoire de l’islam.
Pour aller plus loin
Oumm Khoultoum : fille du Prophète sans enfant par circonstance
Zaynab Bint Jahsh : épouse du Prophète et sans enfant par circonstances
Discrimination des personnes sans enfant : les hadiths en question.
© Credit photo Canva
[1] Conférence Renoncer à être mère : quand les échecs amoureux redessinent notre destin par Véronique Kohn, YouTube
[2] Coran, 42 : 49-50
[3] Appelé « ménopause de l’homme », l’andropause correspond à une baisse graduelle du niveau de testostérone.