SANS ENFANT ET MUSULMANE :  CE QUI A CHANGÉ EN 10 ANS

Qu’est-ce qui a changé depuis que j’ai écrit le texte single childless Muslim women[1]?

La réponse j’aurais dû l’écrire il y a un an. Parce qu’il y a un an, c’était l’anniversaire de la parution de l’article sur les musulmanes sans enfant pour un magazine lifestyle musulman américain.

Quand j’ai rédigé ce texte, cela faisait déjà quelques années que je réfléchissais au sujet . J’avais découvert les sites Gateway women de Jody Day[2], Femme sans enfant de Catherine-Emmanuelle Deslile[3], le site the NotMom de Karen Malone Wright et Laura Lavoix conjuguant les récits de femmes sans enfant par circonstances et par choix. Enfin, je lisais les articles de Mélanie Notkin[4] une quadragénaire qui naviguait vers le destin de femme sans enfant par circonstances.

Mon intention, en prenant la décision de soumettre le texte au magazine était de préparer les femmes musulmanes à la possibilité qu’en dépit de leur rêve d’avoir des enfants elles puissent ne jamais en avoir.

Ce texte a suscité de nombreuses réactions et des discussions.

5 ans après la publication, je lançais ce blog Discussions Essentielles parce que malgré la viralité du texte j’estimais qu’on ne discutait pas encore suffisamment du sujet.

10 ans après sommes-nous prêtes ?

10 ans après, force est de constater que le sujet des femmes sans enfant par circonstances de la vie reste encore tabou dans nos communautés musulmanes. Celui des personnes sans enfant par choix néanmoins sort peu à peu de l’ombre grâce aux réseaux sociaux. Dix ans auparavant, j’étais invitée à une radio pour discuter de mon article, un couple musulman sans enfant par choix participait également avec l’assurance que leur anonymat serait respecté. Aujourd’hui, des couples n’hésitent plus à s’exprimer à visage découvert.

 Quand le sujet des femmes sans enfant par circonstances est évoqué, c’est trop souvent sous l’angle des remèdes à la situation. Chacun et chacune offre des options pour devenir parent, rares sont les articles ou des prêches qui abordent l’acceptation de la vie sans enfant et le bonheur possible sans enfant.

C’est sans doute ce qui explique le malaise presque constant de mes interlocuteurs lorsque j’annonce que j’écris sur les personnes sans enfant. Je ne précise pas s’il s’agit des personnes sans enfant par choix ou par circonstances, je ne l’annonce pas avec tristesse et pourtant l’interlocuteur se ferme, il est souvent gêné.

Faire sortir le sujet de la case tabou

Pour éviter l’embarras, la gêne, le sujet doit être traité frontalement. Être sans enfant n’est pas une maladie.

Si dans les communautés musulmanes le sujet reste encore en marge, dans la société en général les documentaires, les podcasts par les personnes sans enfant par choix et par circonstances sont de plus en plus visibles.

En France, le documentaire de l’animatrice radio et télévision Enora Malagré Pourquoi t’as pas d’enfants ? aura permis le traitement du sujet dans les journaux et magazines les plus en vue en France. Un immense succès à la télévision, le documentaire a ouvert le débat au sein du grand public sur les réalités des femmes sans enfant par choix et par circonstances.

J’aime à croire que les communautés musulmanes évolueront dans ce sens, qu’un jour on en parlera plus librement.

Conditions pour libérer la parole des musulmanes sans enfant

Cela dit, ce jour ne pourra avoir lieu que lorsqu’on aura eu le courage dans nos communautés de remettre en cause les fabrications du statut de la femme musulmane aux antipodes de celui voulu par le Coran.

Lorsqu’on comprendra que la bonne santé et la bonne fonctionnalité d’un utérus ne dictent pas la valeur et le rôle du féminin.

Lorsqu’on admettra enfin que le désir de concevoir des enfants n’est pas inné, qu’il n’est pas intrinsèque au corps féminin.

Lorsqu’on mettra en avant les femmes musulmanes sans enfant de l’époque du Prophète Mohammed et au-delà.

Lorsque chacun et chacune acceptera l’expression de la volonté divine exprimée à travers les versets 49-50 de la sourate 42.

Voici un rappel du recteur-imam Abdelghani Benali de la Mosquée Al-Hashimi à Saint-Ouen-sur-Seine, île de France sollicité pour la semaine des personnes sans enfant par circonstances en septembre (World Childless Week)  :

Dans notre tradition, l’épreuve de la stérilité, du célibat ou de la perte d’un enfant est évoquée avec beaucoup de délicatesse. Le Coran nous rappelle que c’est Dieu qui « accorde des filles à qui Il veut, et des garçons à qui Il veut. Ou bien Il donne à la fois garçons et filles, et Il rend stérile qui Il veut » (Sourate 42, versets 49-50). Cette diversité de situations humaines n’est jamais une diminution de dignité, mais bien une épreuve inscrite dans le décret divin et une occasion de se rapprocher du Créateur.


© Crédit photo -Unsplash- Muhamad Iqbal Akbar


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[1] Single Childless Muslim Women, by Fatima Adamou, altmuslimah.com

[2] Jodie Day, psychothérapeute, considérée comme la fondatrice du mouvement des femmes sans enfant par circonstances dans le monde anglophone.

[3] Thérapeute en relation d’aide, le site Femmes sans enfant est LE site de référence pour les personnes sans enfant francophone.

[4] Melanie Notkin, Otherhood : Modern Women Finding a New Kind of Happiness,2014

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