Dernièrement, j’ai partagé l’article Ne pas avoir d’enfant en islam péché, épreuve ou destin ? Je l’ai partagé avec des parents et des non parents de tout âge. Certains d’entre eux m’ont raconté leur ressenti à la lecture du texte et d’autres m’ont clairement fait comprendre leur désintérêt pour le sujet parce qu’elles sont parents ou parce qu’elles aspirent à l’être un jour.
Seulement, parent ou non-parent tout le monde est touché par le sort des personnes sans enfant parce que chacun et chacune y sera confronté directement ou indirectement.
Pourquoi les parents sont – ils concernés ?
Les personnes sans enfant par circonstances ou par choix ont des parents. Les parents aujourd’hui se retrouveront, un jour, face à leur progéniture qui leur annoncera leur décision de ne pas concevoir d’enfant ou alors qu’il en est incapable pour diverses raisons.
Disposer d’informations sur le vécu des personnes sans enfant sera d’une aide utile afin par exemple de savoir comment soutenir sa fille ou son fils qui endure l’échec de protocoles de FIV alors qu’il ou elle souhaitait ardemment des enfants. Les connaissances seront également utiles pour accompagner sa fille qui éprouve des interruptions naturelles de grossesses (fausses couches) à répétition ou pour comprendre ce que cela implique de choisir de vivre sans enfant.

Les parents bien informés sauront être les alliés de leurs enfants lorsqu’ils refuseront certaines réunions familiales parce qu’ils seront en mesure de comprendre que leur enfant traverse une période de deuil. Ces parents n’ignoreront pas le deuil et les éléments déclencheurs qui peuvent surgir sans prévenir. (L’annonce de grossesse en plein dîner de famille par exemple).
Pourquoi sommes-nous concernés en tant que collègues de travail ?
Dans certaines corporations, l’annonce de grossesse ou de naissances rime avec fête dans un service, tournée des photos par emails. Ces moments de joie naturels coïncident parfois avec le retour silencieux d’une collègue d’un congé après une interruption naturelle de grossesse (fausse couche) ou la réalisation que la conception d’un enfant ne se produira jamais. Dans d’autres situations, ces annonces réactivent les douleurs ressenties pendant le deuil de ne pas pouvoir avoir d’enfant.
Il serait irréaliste ni souhaitable d’empêcher la joie de s’exprimer et d’être partagée, néanmoins chacun et chacune pourrait réfléchir à la manière dont ces annonces pourraient être faites dans le cadre professionnel.
Hormis les annonces de grossesses et de naissances sur le lieu de travail, la question du traitement et de la considération des personnes sans enfant reste posée. Parfois, des collègues parents s’imaginent que leurs confrères sans enfant sont des co-parents d’office.

On attend quelquefois des personnes sans enfant qu’elles prennent leurs jours de congé en dehors des vacances scolaires sans se préoccuper des raisons qui les poussent à choisir ces périodes, peu avantageuses si l’on décide de voyager. On attend également qu’un ou une collègue sans enfant accepte de couvrir le travail laissé en suspend par un confrère qui doit s’absenter pour une question liée à son enfant. Dans ce dernier cas de figure, à moins d’avoir signé un contrat de coparentalité avec les collègues, les solutions ne sont pas à trouver auprès des personnes sans enfant.
Pourquoi les communautés religieuses sont-elles concernées ?
Dans mes articles précédents, j’explique comment la situation des personnes sans enfant remet en cause certaines théologies qui ne sont pas coraniques. Je souligne les incohérences. Le traitement réservé aux personnes sans enfant ne correspond pas par exemple à celui réservé aux épouses du Prophete Mohammed.
Ces incohérences engendrent le désarroi et même la prise de distance avec la religion musulmane. En tant que membre de la communauté musulmane, il est du devoir de tout un chacun de réfléchir et de s’interroger sur les traditions transmises que l’on fait passer pour islamique et qui génèrent la détresse parmi les musulmans et les musulmanes sans enfant par circonstances.
En Malaisie, pays à majorité de musulmans sunnites, des discussions sur les réseaux sociaux sur le choix de ne pas avoir d’enfant ont provoqué des débats impliquant les plus hautes autorités religieuses[1]. Les personnes sans enfant par choix bousculent les idées reçues sur ce qui est permis ou pas en islam.
Par ailleurs, une autre question se pose : jusqu’où sommes-nous prêts à aller pour la conception d’enfant ? Nos interprétations des textes religieux ont rendu obligatoires la maternité et la paternité tout comme les sociétés en générale qu’elles soient des sociétés à majorité de musulmans ou pas.
Le courant musulman chiite permet dans certaines conditions en réponse à des cas d’infertilité de couples mariés la pratique de la GPA (Gestation Pour Autrui). Cette autorisation concerne la GPA avec les gamètes du couple. Le courant musulman sunnite l’interdit dans toutes les situations. Je pourrais ajouter « pour l’instant », car si la GPA est légalement interdite en Indonésie pays à majorité de musulmans sunnite, comptant le plus grand nombre de musulmans au monde, la pratique, elle, existe bien et se développe[2]. Le déclin de la population pourrait bien faire pencher la balance vers un encadrement juridique et religieux. Des théologiens et scientifiques indonésiens débattent et ont un œil sur ce qu’il se pratique en Iran, pays à majorité chiite.
Pourquoi la pollution environnementale unit-elle les parents et les non-parents ?
De nombreuses études tendent à démontrer que la pollution atmosphérique affecte la fertilité masculine et féminine à de multiples niveaux : équilibre hormonal, qualité et quantité des spermatozoïdes et des ovules, capacité à maintenir une gestation[3].

Ainsi, la pollution environnementale touche tout le monde sans discrimination. Même si un couple réussit à concevoir un enfant, rien ne garantit que cet enfant ne rencontre pas de difficulté par la suite à procréer à cause de l’exposition à des polluants.
Il n’est pas improbable que le nombre de personnes sans enfant par circonstances augmente à cause des polluants.
Alors qui peut aujourd’hui, encore affirmer que le sort des personnes sans enfant ne le concerne pas ?
© Crédit photo Canva
[1] 360info.org, Malaysia’s Childfree choices challenge Islamic norms, 2024
[2] TheJakartaPost.com, Legal obstacle course for surrogacy in Indonesia,2023
[3] Service Public d’Information en Santé (SPIS)