Les années passent et ne se ressemblent pas. Certaines Aïd[1] restent dans nos mémoires comme des moments très heureux et d’autres fois elles riment avec « deuil » et ce n’est plus si joyeux.
Beaucoup de monde comprend lorsqu’une personne physique a quitté le monde : des membres de la famille, des amies s’associent à vous pour prier un être cher, pour se déplacer à vos côtés au cimetière.
En revanche, le deuil des personnes sans enfant par circonstances est invisible, alors personne ne remarque vraiment que les Aïds ne sont plus aussi enjouées et riment avec tristesse.
La joie, l’excitation de ces fêtes ne sont plus là. Les réunions familiales peuvent devenir une épreuve pour certains à cause des questions, des remarques condescendantes, des conseils non sollicités.
Ne pas se sentir coupable
La période du mois de Dhul Hajj[2], la période du pèlerinage à la Mecque marque LA période propice pour les moments de prières intenses pour demander un enfant, ou le mariage suivi de la naissance d’enfants.
Alors chaque mois de Dhul Hajj rappelle les grands moments de dévotion (pour certains et certaines à la Mecque en pèlerinage). Ce mois-là rappelle ces prières avec ces demandes spécifiques restées sans réponse positive.
En fonction de l’étape où nous nous trouvons ce mois de Dhul Hadjj sera accueilli avec de la colère, du ressentiment, de la tristesse, ou sans émotion, aucune. Sans surprise, certaines et certains se sentiront coupables de ressentir cela.
Reconnaitre le deuil des musulmans sans enfant par circonstances
Chaque croyant et chaque croyante sait que c’est la volonté de Dieu quand bien même l’entourage ne le croirait pas ! Parce qu’en guise de réconfort, chaque personne musulmane par circonstances de la vie entend : « Tu n’as pas d’enfant, c’est la volonté d’Allah[3] ».
Seulement, en dépit de cette croyance, de cette conviction, il existe ce besoin de reconnaissance que ces moments de fêtes restent complexes. Ces fêtes réactivent les souvenirs des grossesses qui n’ont pas pu arriver à terme avec les douleurs physiques et mentales qui les accompagnent. Elles réactivent les douleurs des divorces survenus anéantissant toutes chances de devenir mère, les douleurs des ménopauses précoces, des morts périnatales.
Accepter sa vulnérabilité en période de fêtes
À celles et ceux qui ont vécu les fausses couches,
À celles et ceux qui vivent le célibat non choisi et sans enfant,
À celles et ceux qui viennent de découvrir leur infertilité,
À celles et ceux qui ont une maladie qui les empêche de procréer,
À celles et ceux qui ont préparé un jour la chambre d’un nouveau-né,
À celles et ceux qui ont rêvé de préparer une chambre d’un nouveau-né,
À celles et ceux qui sont revenus de la maternité sans le bébé,
À celles et ceux qui n’ont pas d’enfant par circonstances de la vie,
Inutile de faire semblant d’être forte ou fort.
Inutile de se sentir obligé-e d’expliquer le deuil invisible que vous traversez.
Inutile de culpabiliser, de ne ressentir aucune joie, aucune excitation durant cette période festive.
Le Divin sait par quoi vous passez.
Et c’est suffisant !
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[1] Aïd signifie fête, célébration en arabe. Les musulmans célèbrent l’Aïd-el-Fitr à la fin du mois de Ramadan et l’Aïd al Adha pendant le mois Dhul Hajj/
[2] C’est le douzième mois et dernier mois du calendrier lunaire islamique. Deux évènements importants marquent ce mois : le pèlerinage à la Mecque (al-Hajj) et l’Aïd al – Adha (la fête du Sacrifice)
[3] Allah signifie Dieu en arabe.