EN ISLAM : CELIBATAIRE SANS ENFANT- UN STATUT COMME UN AUTRE

Au XXIe siècle, vivre célibataire sans enfant représente la double peine alors qu’à une période dans le passé au premier temps de l’islam, être célibataire sans enfant ne constituait qu’un statut parmi d’autres. Alors que s’est-il passé ?

Les cultures et les différentes interprétations de textes sacrés, servant des ambitions politico-religieuses, expliqueraient en grande partie ce grand écart.

Dans des articles précédents, je développe comment le mariage et la conception d’enfant se sont transformés en obligations religieuses. Des obligations aux conséquences néfastes sur les sociétés, les communautés musulmanes et la santé mentale et spirituelle des femmes et des hommes mariés ou célibataires sans enfant.

 À notre époque, des hommes et des femmes ne cessent d’expliquer la normalité et le droit au célibat et au célibat sans enfant. Tandis que d’autres souffrent de ce statut considéré comme une maladie à soigner voir un péché à réparer. Ainsi, persuadés de vivre une anomalie ou un péché, des femmes et des hommes se lancent dans une recherche effrénée d’un-e partenaire à tout prix, sacrifiant leurs besoins, ceux de leur partenaire potentiel ou bien feignent de ne pas voir les indicateurs d’une union vouée à l’échec.

Comportements et propos contraires à l’islam

L’entourage familial et amical soucieux de voir appliquer les « normes » religieuses pousse maladroitement leurs proches à réaliser l’obligation religieuse : la procréation, en commençant par l’étape du mariage. « Il est temps », m’a-t-on dit un jour. Un ami de ma famille m’a pressée de me marier en soutenant que mes parents ne seraient jamais fiers de moi si je n’étais pas mère . (Vous avez bien lu, on m’a tenu de tels propos — j’avais tout juste vingt-six ans).

Généralement, les femmes célibataires pâtissent des normes dites religieuses et culturelles : le respect dû à chaque être humain décline habituellement avec l’âge avançant de la femme célibataire.

En effet, dans certaines cultures, les femmes une fois mariées prennent leurs distances avec leurs amies encore célibataires sans enfant dès lors considérées comme des personnes de mauvaises mœurs et d’influences néfastes.  Certains musulmans et musulmanes trouvent également conforme à l’esprit de l’islam de reconduire exclusivement les femmes mariées non véhiculées à leur domicile après la fin tardive d’une soirée caritative et laisser les organisatrices célibataires dans les mêmes conditions se débrouiller par elles-mêmes.

N’est-ce pas curieux d’accepter des pratiques et des comportements conduisant à la discrimination, à la détérioration de la santé mentale et spirituelle alors que la religion l’islam prône l’égalité, la miséricorde et la compassion ?

Revenir aux textes : rendre l’humanité confisquée

Dans le Coran, le verset 32 de la sourate 24  évoque le mariage et le célibat. Des commentateurs du Coran y voient l’encouragement au mariage sans interdire le célibat. Ce verset ne viserait donc pas l’élimination du célibat.

Selon certaines traditions, les épouses du Prophète avaient l’obligation de rester célibataires parmi elles, des femmes sans enfant comme Aïcha. Des années plus tard des hommes et des femmes se consacrent exclusivement à la spiritualité, des personnes qualifiées de mystiques. Elles demeurent célibataires sans enfant. Ce fut le cas de Rabi’a al’ Adawiya (9esiècle) ou même Djalal Al-Din Rumi (13e siècle) deux figurent très appréciés dans les communautés musulmanes.

L’historienne, Leila Ahmed note cependant que le choix d’une vie mystique fut souvent celui des plus démunis. Ce choix dans certains écrits de ces époques fustige le célibat des femmes en particulier. En effet, « mère » constituait le seul rôle d’une femme selon certains théologiens ; le célibat de nombreuses mystiques contrecarrait donc leur théorie, une théorie parmi d’autres critiquée par des religieux de courants aujourd’hui disparu ou minoritaires.[1]

Ainsi, bien après la disparition du Prophète Mohammed, le célibat et le choix implicite de ne pas avoir d’enfant furent très vite combattus. Des interprétations du texte sacré et des traditions orales attribuées au Prophète[2] servant uniquement les idées de certains théologiens ont servi à cette lutte.

Réétudier les textes créerait un bon moyen de rendre leur place et leur statut d’être humain à part entière aux célibataires sans enfant dans plusieurs communautés musulmanes.


© Crédit Photo Wendy Wei-Pexels


[1] Leila Ahmed, Women and Gender in Islam. Historical Roots of Modern Debate, Yale University Press,1992

[2] De nombreuses traditions attribuées au Prophète Mohammed furent forgées. Des débats subsistent autour du début de cette pratique: du vivant du Prophète pour certains historiens et bien après son décès pour d’autres. Voir : Shabbir Mohammad, The Authority and Authenticity of Hadith as a Source of Islamic law, Kitab Bhavan,1982

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