Un deuil, quelle qu’en soit l’origine nous change. Il est donc impossible de garder la même relation au Divin.
Après un deuil, la relation avec le Très -Haut en sort, soit renforcée et plus profonde soit au contraire, elle en sort plus distante plus amer et ce n’est pas anormal.
Ainsi une relation à Dieu très intense peut se transformer du jour au lendemain. Cette relation peut se trouver en pause, car la perte d’un proche, d’un projet de vie, d’un logement ou autre cause parfois une impossibilité de réfléchir, de prier, de communier, de formuler des supplications parce que rien ne sort du cœur, rien excepté la colère, le désespoir, une grande tristesse, une incompréhension.
Se remettre du choc
Très souvent dans nos communautés musulmanes, dans nos mosquées les enseignements ne mentionnent pas ces moments de désespoir qui ne sont pas synonymes de perte de croyance en Dieu, mais plutôt d’un choc.
Dans le cas des personnes sans enfant par circonstance le choc provient du rêve de devenir parent qui s’effondre. Un rêve nourrit dans de nombreux cas pendant des années, fréquemment depuis l’enfance.
Des couples ont parfois atteint un seuil de grossesse pendant laquelle la chambre de l’enfant était prête avec les petits vêtements dans la penderie. Des personnes même célibataires ont réfléchi à des prénoms, visionné leur mariage et la naissance des enfants qui étaient censés suivre.
L’évanouissement de tels rêves nécessite un travail de deuil, étant donné qu’une vie différente commence. Ce deuil s’accompagne de la perte d’une certaine proximité avec le Divin. Et dans ce cas également un travail de deuil doit se réaliser.
Une lente reconstruction du lien spirituel
C’est vrai, une personne croyante doit souvent reconstruire sa relation avec le Divin parce que sa relation spéciale, unique à chacun ou chacune qu’elle entretenait avec Lui avant le deuil ne sera plus jamais la même ; et ce constat rend triste.
En effet, une fois que l’on comprend que le rêve qui a nourri nos espoirs, qui a été au cœur de nos prières durant des années, au cœur de nos supplications dans la nuit ne deviendra jamais réalité, il est très compliqué de prier le Très -Haut de la même manière.

Bien évidemment, on a la conviction qu’Il sait ce qui est mieux pour nous. Cependant, durant cette prise de conscience de l’effondrement d’un projet, d’un rêve ce sont plutôt des questions qui se bousculent. La première étant, pourquoi ? Pourquoi nous avoir laissés nourrir autant d’espoir pour ensuite ne finir avec rien ?
Autrement dit, il est normal de s’interroger sur le Divin, sur ce qu’il peut ou sur ce qu’on pensait qu’Il devait nous offrir.
Interroger sa relation avec le Divin
Toutes ces interrogations, lesquelles restent souvent sans réponse causent une immense détresse, une incompréhension, de la frustration et de la colère.
Ce n’est pas par manque de croyance ou de foi ce serait plutôt le contraire : plus la confiance dans le Divin était grande plus forte est le sentiment de trahison pour le croyant.
Seulement, cette confiance s’est généralement bâtie sur une vision, une compréhension erronée du Divin véhiculée dans nos communautés musulmanes à travers des savants, des savantes, des hommes et des femmes imams, des prédicateurs.
Quelle nouvelle relation avec le Divin ?
Une nouvelle interaction va naitre après la phase de deuil. Cette nouvelle relation pour qu’elle demeure épanouissante nécessite, je pense, de revoir notre définition de l’abandon confiant dans le Divin.

La définition spirituelle serait un abandon de l’âme à l’Être suprême. L’abandon total : une confiance absolue avec la conviction qu’au bout du compte une belle situation qui nous convient et qu’on appréciera va émerger d’une épreuve quand bien même elle ne ressemble en rien à ce que l’on a imaginé.
Pour vivre pleinement cet abandon, une déconstruction et une démystification des enseignements inculqués basés sur des interprétations erronées du Coran, trop souvent empreintes de misogynie, d’ignorance par manque de recherches profondes, d’interprétations influencées par un contexte patriarcal s’imposent.
D’autant plus que le tout est régulièrement saupoudré d’une confiance aveugle en nos savants, savantes et théologiens, théologiennes. Des êtres humains qui ont agi ou agissent de leur mieux et qui comme nous tous se sont trompés et se trompent aussi.
Le Divin est dans notre équipe… toujours
Admettons ensuite que le Divin ne nous veut aucun mal. Il ne nous impose rien de trop lourd.
Vous connaissez certainement le verset de la sourate la Vache[1] dont cette affirmation est tirée. De nombreux musulmanes et musulmans le récitent volontiers pour donner courage à des proches lorsqu’ils traversent des situations délicates.
Alors c’est le moment de se convaincre que quelle que soit la douleur d’une épreuve nous avons les épaules pour la supporter.
Souvent nous en doutons, mais c’est le cas, nous possédons les épaules pour supporter chaque défi de la vie et ça passe…
Recommence généralement une très belle relation avec le Très Miséricordieux. Une relation plus riche encore, plus profonde.
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[1] Coran, sourate 2 : 286